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B comme…

mars 10, 2011

Bonjour

Il y a des matins qui ne ressemblent à rien. Des matins pressés, mal engagés. Des matins où le doute s ‘installe…

Je me suis rendormie, réveillée en sursaut. Tard. Il va falloir courir. Dans son lit, l’enfant grogne sous mes baisers frénétiques, mais finit par ouvrir les yeux. Je lui accorde quelques instants de répit, je dois m’habiller, inévitablement. Mais pas de douche pour éclaircir ma journée. Depuis hier, la salle de bain est sinistrée. J’attends le retour de l’homme pour aviser. Un coup de gant au-dessus de l’évier de cuisine, vaisselle sale éloignée. Une coquillette oubliée, vestige d’un dîner triste, se morfond sur la bonde. Ablutions sans conviction.

Vêtue rapidement, je ne prends pas le temps d’un coup de brosse. Je ramène mes cheveux en une seule masse que j’attache sur ma nuque avec un élastique providentiel. Je mets deux tartines à griller, de l’eau à chauffer. Je trouve l’enfant à nouveau dans ses rêves. Secoué, bousculé, il ronchonne puis s’accroche à mon cou. Je le porte jusqu’à la cuisine. Il devient grand et je commence à peiner pour ce genre d’exercice. Pendant qu’il exécute une légère toilette de chat en exigeant que je ne regarde pas, j’installe la table du petit-déjeuner en reculant pour atteindre le placard et le frigidaire sans attenter à sa pudeur. Deux bols, les dosettes de thé, le beurre, la confiture et les tartines dorées. La bouilloire chante. L’enfant râle : je me suis retournée.

Nous avalons nos tartines sans trop les mastiquer. Nos thés fumants resteront dans les bols, à peine entamés. Après un lavage de dents accéléré, nous sortons de la maison pour nourrir les animaux. Une poignée de graines et nos restants de table de la veille pour les poules. Quelques carottes et des granulés pour les lapins qui, une fois lâchés, s’ébrouent dans leur enclos, comme pour chasser les cauchemars de la nuit. Puis nous partons d’un bon pas vers l’école, poussés par la froide caresse du vent de mars. Les roulettes du sac de l’enfant crissent sur le gravier pendant qu’il me récite, résigné, sa leçon. Dans sa main, la mienne, chaude et câline.

Aux abords déserts de la primaire, l’enfant s’échappe. Dans la cour, les derniers élèves gagnent leur classe, en rang. L’enfant m’envoie un baiser fébrile et s’envole, faisant cahoter son sac derrière lui. Je le regarde passer le portail de fer, traverser la longue plaque de goudron et s’engouffrer à la suite de ses camarades.

Le cœur un peu vague, je resserre mon manteau et fais demi-tour. Mentalement, je commence à organiser cette journée qui a débuté sans moi, mettant au point des stratagèmes pour la poursuivre sur de meilleures bases. C’est alors que je le croise. Son sourire accorte me tire de mes pensées. Ses yeux, cerclés d’acier, pétillent derrière un verre assez fin. Il a l’air sûr de lui. Sans prétention, mais sûr. Il semble porter le monde. Déconcertée, j’esquisse un salut discret auquel il répond d’une voix chaleureuse : « Bonjour Madame. » Justement posé. Ni trop enjoué, ni, pourtant, sans âme. Un rien d’empathie. Un zeste de déférence. Une solide courtoisie. Par ces deux mots, par ce regard et ce sourire, si soigneusement offerts, j’ai soudain l’impression d’être rattrapée. De mieux exister. D’être quelqu’un de bien.

En poursuivant mon chemin, je pense que j’aimerais beaucoup exprimer de tels bonjours…

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