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Je T cherchée (20)

janvier 13, 2010

Un matin d’hiver que je m’étais lancée dans une énième réalisation, à la fois pour oublier le froid et pour tester mes capacités au tissage, je restais méditative sur mon ouvrage qui n’avançait guère : tisser est un travail de très longue haleine, surtout quand on choisit, comme je l’avais fait, des fils d’une finesse remarquable pour la beauté… Redoutable pour la montée (de l’ouvrage) ! Après une bonne heure à glisser ma navette entre mes fils de trame : dessus, dessous, dessus,… J’avais déjà largement hypothéqué sur ma maigre patience. J’entrevoyais alors deux solutions pour éviter la crise de nerf : brûler dans un grand feu de joie les trois malheureux centimètres de tissage que j’avais péniblement réussi à monter sur un cadre qui en faisait vingt fois plus, ou bien aller acheter des pelotes d’une bonne grosse laine à quatre ou cinq brins pour terminer plus rapidement. Comme j’avais emprunté le cadre à une association, j’optais pour la seconde possibilité. Je sautais donc dans ma voiture, malgré le vent glacial, pour me rendre au magasin adéquat de la petite ville voisine.

À peine installée en contemplation devant l’étalage, plutôt restreint, des laines à tricoter avec du numéro douze minimum, une jeune et jolie femme m’aborda. Elle était de taille moyenne et fine. Ses longs cheveux noirs sortaient sans retenue d’un incroyable bonnet aux couleurs pétillantes. Son visage parfait était éclairé d’un sourire chaleureux et communicatif. Je ne compris pas tout de suite ce qu’elle me demandait. Elle s’excusa d’interrompre mes achats et m’expliqua qu’elle était venue à pied retirer de l’argent avec sa carte mais, comme la borne la plus proche ne fonctionnait pas, elle devait aller jusqu’à l’autre qui se trouvait à cinq bonnes minutes de marche. Elle avait peur d’y trouver un peu de monde et, en tous les cas, voulait éviter à son bébé de prendre froid en le laissant au chaud dans ce magasin. Aussi, sans plus d’explication, et sans connaître quoi que ce soit de moi, elle me confia son enfant qui gazouillait dans une poussette. Affolée par cette confiance aveugle qu’elle me faisait, je tentais de refuser poliment, mais elle ne m’en laissa pas le temps. Elle s’enfuit avec élégance dans une pluie de mercis.

C’était Sonia.

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