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Je t’ai cherchée (2)

septembre 16, 2009

Pourtant, j’ai eu une enfance heureuse. Du moins, je le crois. Sans être gâtée, je n’ai manqué de rien. Si ce n’est toujours plus d’attention. Mon père, entrepreneur, et ma mère, qui, en plus de sa femme, était devenue sa secrétaire, travaillaient à la maison. Pour nous, ils n’en étaient pas plus présents. Mais ni plus, ni moins que la plupart des autres parents, présents de corps mais absents par l’esprit, trop occupés par tous les tracas quotidiens pour être réceptifs à temps plein. À table, les conversations tournaient souvent court en dehors de ce qui concernait le travail. Et si nous avons, peut-être, à nous en plaindre, ma sœur et moi, ce serait surtout du fait d’un certain manque de maturité que nous avons toutes deux rencontré. Pour nos parents, rien ne semblait tout à fait sérieux et responsable en dehors du professionnel. Aussi, le monde adulte m’a longtemps paru hautement supérieur et inaccessible. Puis la vie s’est chargée, petit à petit, de le faire dégringoler du piédestal où je l’avais installé.

Nous habitions dans un petit village de province. Mes parents avaient quitté Paris pour y exercer leur activité au moment où un lotissement s’y construisait en sortie du bourg, mais ils avaient préféré acheter une ancienne maison à rénover, située à l’opposé. Toutes mes amies habitaient dans ce lotissement… Toutes, sauf Sandrine. Sandrine Boissard. Elle habitait à quelques maisons de la nôtre. Nous avons commencé la maternelle la même année : deux Sandrine dans la même classe ! Je découvrais, en même temps que la vie de groupe, la sensation étrange, à la fois rassurante et irritante, de ne pas être tout à fait unique. Pour ne pas nous confondre, l’institutrice avait adopté un classique dans les administra­tions : nous étions devenues, pour toute l’école, SandrineB et SandrineM. En grandissant, je fus rapidement victime de moqueries car le SandrineM devint inévitablement un “Sandrine aime” auquel furent ajoutés tous les prénoms de la gente masculine de notre classe. Puis de l’école. SandrineB, parce que nous étions inséparables et peut-être aussi par solidarité d’homonyme, prit ma défense. Ce qui nous valut la ritournelle “Sandrine aime SandrineB” qui nous poursuivit jusqu’au CM1. Jamais nous n’avions de dispute qui ne se termine en embrassade et concert d’excuses, et nous finissions toujours d’accord sur tout. Nous avions souvent les mêmes envies aux mêmes moments. Était-ce vraiment un hasard ? Nous étions nées le même jour, à deux mois d’écart.

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One comment

  1. Vite, la suite la suite!!!!!

    bisous



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